Vous avez déjà travaillé en entreprise et en cabinet. Donc vous connaissez la musique : les clôtures qui tombent quand tout le monde est fatigué, les pièces manquantes, les tu peux me sortir ça pour hier ?
Et aujourd’hui, vous avez envie de passer de l’autre côté du bureau : plus de liberté, des clients choisis, un rythme qui vous ressemble, et la sensation de construire quelque chose à vous.
Très bon projet. Mais en France, comptable freelance est un terme un peu piégeux : selon ce que vous vendez, vous pouvez vous retrouver (sans le vouloir) sur des missions qui relèvent de l’expert comptable. Donc la priorité n°1, avant même la création d’un site : avoir une offre claire, vendable, cadrée, et une stratégie commerciale cohérente avec la loi.
Disclaimer important : certaines missions de comptabilité (tenue, arrêtés, bilans, déclarations) peuvent relever du périmètre d’un expert comptable et sont encadrées par la loi, le code de déontologie et l’Ordre des experts comptables. Cet article propose des informations générales et ne remplace pas un conseil juridique/fiscal personnalisé. En cas de doute sur votre rôle, vos obligations et vos possibilités, rapprochez-vous d’un professionnel habilité.
1) Pourquoi comptable indépendant est un terrain piégeux (et comment éviter la mauvaise sortie)
Le piège n°1 : vendre de la compta au lieu de vendre des résultats
Quand un prospect dit j’ai besoin d’un comptable
, il veut rarement dire j’ai besoin de saisie
. Il veut dire :
Je veux que ce soit carré.
Je veux éviter les galères de déclarations, de TVA, de compte à justifier.
Je veux arrêter de stresser avec les données, les procédures et les demandes de dernière minute.
Si vous arrivez avec je fais votre comptabilité
, vous êtes trop vague, et le client va vous tirer vers tout et n’importe quoi (souvent dans l’urgence). À l’inverse, si vous vendez un accompagnement orienté résultats (organisation, préparation, pilotage de la trésorerie), vous gardez le contrôle, vous protégez votre activité, et vous améliorez la qualité des livrables pour l’entreprise.
Le piège n°2 : ne pas connaître la ligne rouge entre comptable et expert
Le secteur est régit par des textes comme l’Ordonnance de 1945 (art. 2) et ce que vise le délit d’exercice illégal (art. 20) : il faut donc savoir que certaines missions comptables sont plus sensibles que d’autres. Votre sécurité et votre crédibilité vient de trois choses :
- un périmètre de missions écrit (ce que vous faites / ne faites pas),
- des services et des livrables explicites (ce que le client reçoit, au bon niveau),
- une posture : vous préparez, vous organisez, vous fiabilisez… et vous escaladez vers un
expert comptable habilité si nécessaire (pour sécuriser les bilans, le compte de résultat, et les actes réservés).
Phrase à garder en tête : votre objectif n’est pas de tout faire. Votre rôle est de rendre les choses propres, fiables et exploitables, en restant responsable de votre périmètre, sans franchir la limite des actes réservés.
2) Devenir comptable freelance : choisir un positionnement safe et vendable (sans perdre votre valeur)
Bonne nouvelle : avec votre expérience cabinet + entreprise, vous avez une arme rare. Vous connaissez les obligations, vous avez déjà travaillé sur la gestion, le compte de résultat, les procédures, parfois la paie, et vous comprenez la réalité des clients. Donc vous pouvez proposer bien plus qu’un rôle exécutant : vous pouvez devenir un expert de l’organisation comptable et du pilotage.
Les profils qui réussissent le mieux en comptable indépendant
- Ceux qui cadrent une offre simple (et refusent les demandes floues).
- Ceux qui choisissent un secteur (ou 2) : services financiers, e-commerce, BTP, professions libérales, etc.
- Ceux qui transforment leurs compétences en livrables concrets (tableaux, procédures, checklists).
3 offres qui marchent (et qui rassurent vos clients)
Offre 1 — Organisation & procédures de gestion comptable
Pour qui ? Les TPE et freelance qui fonctionnent à la chance et veulent des procédures simples.
Ce que vous faites :
- mise en place d’un workflow (collecte des pièces, classement, nomenclature),
- mise en place d’outils simples (GED, comptes partagés, règles de nommage),
- calendrier mensuel : quoi envoyer, quand, comment, à qui.
Livrables :
- checklist mensuelle (1 page),
- arborescence de classement prête à l’emploi,
- procédure
comment déposer les pièces
+ modèle de relance.
Offre 2 — Préparation de la compta (pré-comptabilité) + contrôle de cohérence
Pour qui ? Ceux qui veulent un dossier nickel prêt à transmettre à un expert-comptable ou à une équipe interne.
Ce que vous faites :
- pré-classement, contrôles de cohérence, suivi des frais,
- relances pièces manquantes (avec une méthode),
- préparation d’un dossier mensuel structuré,
- points d’attention sur la trésorerie et les charges.
Livrables :
- dossier mensuel propre (pièces classées + synthèse),
- tableau des anomalies / manquants,
- note de transmission (2 à 5 lignes qui expliquent l’essentiel).
Offre 3 — Pilotage : trésorerie, tableau de bord, compte de résultat (lecture & actions)
Pour qui ? Les dirigeants qui veulent décider, pas subir.
Ce que vous faites :
- tableau de bord mensuel (CA, charges, marge, trésorerie),
- alerte simple : seuil TVA, dérive de frais, impayés,
- un point rapide (30 minutes) pour traduire les données en actions.
Ce que vous vendez réellement : moins de chaos, moins d’erreurs, plus de visibilité. Et ça, un client le comprend tout de suite. Et votre rémunération suit… si vous savez cadrer votre valeur.
3) Construire une offre qui se vend : missions, limites, expérience client
Un client n’achète pas des heures : il achète un résultat et une responsabilité maîtrisée
Il achète un cadre, une méthode, un résultat, et la sensation que quelqu’un tient le volant. Donc faites simple : 2 à 3 packs maximum, pas 12 variantes.
Exemple de packs (lisibles et facturables)
- Pack Start (one-shot) : organisation + procédures + checklist + mise en place outils.
- Pack Run (mensuel) : préparation dossier + anomalies + relances + transmission.
- Pack Pilot (mensuel) : Run + tableau de bord + call 30 min.
Astuce simple : annoncez clairement ce qui est inclus et ce qui est hors pack. Les glissements de missions naissent souvent d’un flou au départ. Votre stratégie commerciale commence là.
Les limites à écrire noir sur blanc (votre bouclier)
Dans votre proposition/contrat, précisez :
- la liste détaillée des tâches réalisées,
- les exclusions (bilans, actes réservés, déclarations si hors périmètre),
- le calendrier (dépôt des pièces, restitution),
- les responsabilités (le client reste responsable des infos et pièces transmises),
- le point d’escalade :
sur les actes sensibles, intervention d’un expert-comptable habilité
.
4) Protection & posture : assurance responsabilité civile, contrat, et professionnalisme
Ce que votre contrat doit contenir (minimum vital)
- Périmètre : ce que vous faites (liste) + objectif de la mission.
- Exclusions : ce qui n’est pas couvert (et comment c’est géré si ça arrive).
- Délais : dépôt des pièces, relances, restitution.
- Responsable : qui valide quoi, qui fournit quelles données, qui conserve les justificatifs.
- Confidentialité : données, accès, outils, RGPD.
- Fin de mission : sortie, remise des fichiers, accès, délais de passation.
Et côté sécurité : pensez assurance responsabilité civile (souvent appelée responsabilité civile professionnelle). Ce n’est pas juste une case à cocher : c’est un filet de sécurité, surtout si vous intervenez sur des données sensibles ou si vous accompagnez plusieurs entreprises.
Les signaux zone rouge (à refuser avec calme)
Tu peux valider le bilan ?
Tu peux tout gérer côté déclarations, sans expert comptable ?
On s’en fiche de la loi, tout le monde fait ça…
Règle d’or : si un prospect insiste pour vous faire sortir de votre périmètre, ce n’est pas un bon client. La liberté, c’est aussi savoir dire non (et protéger votre profession).
5) Tarifs : facturation HT, rémunération et chiffre d’affaires (sans vous épuiser)
Les 3 modèles de facturation qui fonctionnent
- Forfait mensuel HT (simple, lisible, stable pour vous et vos clients).
- À l’heure HT (rattrapage, urgence, mission ponctuelle).
- Au volume (à la pièce / paliers) si vous avez un process très industrialisé.
La méthode simple et rentable
Votre prix doit couvrir :
- le temps de production,
- le temps invisible (échanges, relances, admin, paramétrages),
- les outils,
- et une marge pour respirer.
Repère utile : un dossier à 30 pièces/mois et un dossier à 150 pièces/mois, ce n’est pas le même métier. Donc facturez sur volume + complexité + niveau de service. C’est ce qui sécurise votre rémunération et votre chiffre d’affaires.
Disclaimer prix : les tarifs varient selon le statut du client (micro entreprise, société, auto entrepreneur), la TVA, le volume de pièces, la paie, le niveau de contrôle attendu et les outils utilisés. Ne promettez pas un prix universel : proposez des paliers.
6) Statut juridique : micro entreprise, auto entreprise, portage salarial… quel choix pour devenir comptable ?
Votre objectif : aller vite sans vous enfermer. Beaucoup démarrent en micro entreprise (ou auto entreprise / auto entrepreneur selon les usages) pour tester une activité, puis basculent en EI ou en société (SASU/EURL) selon le chiffre d’affaires, les charges, la stratégie de rémunération et la crédibilité recherchée. La solution, se faire accompagner par des experts juridiques comme Clémentine pour créer une SAS en ligne et autres SARL.
Autre possibilité : le portage salarial, utile si vous voulez tester la prospection en gardant un cadre proche d’un emploi (avec bulletin de salaire, comme un CDI ou CDD, selon l’organisation), tout en développant vos clients.
Le bon statut juridique dépend de votre situation personnelle. Donc évitez les recettes toutes faites : mieux vaut une structure simple et bien tenue qu’une optimisation incomprise.
À prévoir dès le départ : un compte bancaire pro (ou dédié), des outils de partage de données, des procédures, et une logique de suivi (trésorerie, frais, dépôts). Ça donne une image premium, même si vous débutez.
7) Trouver des clients : stratégie commerciale en 30 jours (concret)
Les 3 canaux qui donnent des résultats vite
- Réseau chaud : anciens collègues, dirigeants croisés, prestataires, équipe, amis entrepreneurs.
- LinkedIn : contenu utile + messages simples (sans forcing).
- Partenariats : juristes, courtiers, cabinets, experts, services financiers (avec un cadre clair).
Votre pitch (20 secondes)
J’aide les TPE et indépendants à organiser leurs pièces et à préparer une compta propre, exploitable, avec un process simple et des livrables clairs. Résultat : moins de stress, moins d’erreurs, plus de visibilité.
Message LinkedIn (humain, sans vendre au marteau)
Hello [Prénom], je me lance en indépendant après expérience cabinet + entreprise. Je propose des services d’organisation et de pré-comptabilité pour aider les dirigeants à avoir un dossier propre et un pilotage simple. Si tu connais quelqu’un qui a ce besoin, je peux partager un aperçu des livrables.
Ce qui fait la différence : vos livrables. Montrez 1 checklist + 1 tableau de bord anonymisé. Le prospect se projette tout de suite. Et vous positionne comme un expert (pas juste un profil exécutant).
FAQ
Comment fixer ses tarifs quand on démarre ?
Basez-vous sur le volume de pièces, la complexité, le type de client (micro entreprise, société, freelance) et le niveau de service (préparation seule vs pilotage). Proposez 2 à 3 offres lisibles + un tarif horaire pour le hors pack (rattrapage, urgence). Intégrez le temps invisible, sinon votre chiffre d’affaires ne suivra pas.
Que mettre dans un contrat pour se protéger ?
Un périmètre détaillé, des exclusions, des délais, la responsabilité du client sur les données transmises, la confidentialité, les conditions de fin de mission, et une clause claire sur l’escalade vers un expert-comptable habilité. Pensez aussi à la souscription d’une assurance responsabilité civile professionnelle.
Faut-il un casier judiciaire vierge pour exercer ?
Selon votre statut, vos clients et certains secteurs, des vérifications peuvent exister (marchés publics, finance, accès à des données sensibles). En pratique, ce point se traite au cas par cas : si vous ciblez des secteurs réglementés, anticipez la question et sécurisez votre dossier.
FAQ
Faut-il le diplôme d’expertise-comptable (DEC) pour devenir comptable freelance ?
Si vous voulez exercer en tant qu’expert-comptable indépendant (ouvrir/diriger une activité d’expertise, signer et engager votre responsabilité sur des missions réglementées), le DEC est la voie “classique” et il faut aussi être inscrit à l’Ordre des experts-comptables. En revanche, “comptable freelance” est un terme large : selon vos missions, les exigences ne sont pas les mêmes. L’enjeu est de cadrer précisément votre offre et vos services.
Est-ce obligatoire d’être inscrit à l’Ordre des experts-comptables pour exercer légalement ?
Pour exercer la profession d’expert-comptable en France (et utiliser le titre), l’inscription au Tableau de l’Ordre des experts-comptables est le passage obligatoire. C’est ce qui encadre la profession, l’expertise, le respect des règles et du code de déontologie, ainsi que la qualité et la sécurité des prestations.
Peut-on exercer en micro-entreprise quand on est expert-comptable freelance ?
En pratique, l’exercice réglementé de l’expertise-comptable n’est généralement pas compatible avec le régime de la micro-entreprise. Si vous envisagez de vous lancer, le choix du statut juridique (EI, société…) est déterminant : il conditionne vos obligations, votre responsabilité, votre rémunération, vos charges et votre stratégie de facturation (HT, forfait, à l’heure, au volume).
Quelles sont les obligations pro à respecter (secret professionnel, assurance, lettre de mission) ?
Un professionnel du chiffre doit respecter des obligations fortes : secret professionnel, gestion et protection des données, respect des délais et des normes, et souvent souscription d’une assurance responsabilité civile (responsabilité civile professionnelle). Pour chaque client, il est recommandé (et, pour un expert-comptable, attendu dans le cadre professionnel) de formaliser une lettre de mission : elle décrit précisément les services, les devoirs et droits des deux parties, le périmètre, les limites, et le détail des honoraires.
Quelles missions un comptable freelance peut-il proposer à ses clients ?
Selon votre niveau, vos compétences et votre cadre d’exercice, les missions peuvent couvrir : préparation et organisation de la compta, suivi de trésorerie, contrôle de cohérence, production d’états financiers (ex. bilans, compte de résultat), accompagnement sur les déclarations fiscales, et parfois la paie (calcul des salaires, préparation des bulletins). Certains profils proposent aussi du conseil en gestion, budget, prévisionnel, ou même des missions d’audit interne selon l’expertise et les conditions.
Business plan, devis, stress de clôture : qu’est-ce qui fait la différence quand on se lance ?
Se lancer en comptable indépendant, c’est piloter une entreprise : vous devez définir une stratégie commerciale, une offre lisible, vos secteurs cibles, vos prix HT, et un objectif de chiffre d’affaires. Un business plan n’est pas juste un document “banque” : il aide à chiffrer la rentabilité, l’acquisition de clients et vos besoins. Côté vente, les sociétés demandent souvent plusieurs devis avant de choisir, et attendent un document clair sur le détail des honoraires. Enfin, le métier demande de la rigueur et une bonne gestion du stress, surtout en période de clôture : procédures, planning, et priorisation deviennent votre meilleure équipe.
Quel salaire (rémunération) espérer en tant que comptable freelance ?
En tant que comptable freelance, votre “salaire” dépend directement de votre chiffre d’affaires (tarifs HT, nombre de clients, type de missions) et du temps réellement facturé. Sur le marché, on voit souvent des prestations comptables facturées autour de 60 à 90 € HT/heure selon l’expérience et le contenu de la mission, et des repères de TJM (taux journalier moyen) fréquemment situés autour de 400 à 600 € / jour pour un profil confirmé (plus à Paris ou sur des missions premium).
Exemples concrets (indicatifs) :
- Démarrage tranquille : 10 jours facturés/mois à 400 € = 4 000 € HT/mois de CA.
- Rythme croisière : 12 à 15 jours facturés/mois à 450–550 € = 5 400 à 8 250 € HT/mois de CA.
- Profil expert / missions à forte valeur : 15 jours facturés/mois à 600 € = 9 000 € HT/mois de CA.
Ensuite, votre revenu net dépend du statut (EI, société, portage salarial…), des charges et des frais (logiciels, assurance, déplacements). Pour estimer votre net, vous pouvez partir de ces scénarios de CA et simuler selon votre régime (un simulateur officiel existe). À la différence d’un emploi (CDI/CDD), les revenus peuvent être irréguliers, donc sécuriser des forfaits récurrents et une trésorerie est souvent la clé.
Conclusion
Pour vous lancer sans stress inutile :
- 1) Choisissez un positionnement clair (organisation / préparation / pilotage).
- 2) Packagiez 2 à 3 offres (livrables + limites + process).
- 3) Sécurisez avec un contrat simple mais précis + une assurance responsabilité civile.
- 4) Lancez une stratégie commerciale 30 jours : réseau + LinkedIn + partenariats.
Avec votre double expérience cabinet + entreprise, vous avez une crédibilité naturelle. Maintenant, il vous reste à la transformer en offres lisibles, en services rassurants, et en procédures claires. C’est là que la liberté commence.
Note : si vous ciblez des clients à Paris ou en grande ville, vous pouvez vous positionner plus premium (pilotage, trésorerie, direction financière légère) plutôt que sur de la simple exécution. À ce niveau d’expertise, vos résultats parlent pour vous.
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