Beaucoup d’indépendants entendent parler de la holding comme d’un outil d’optimisation et se demandent s’ils peuvent en créer une « au-dessus » de leur micro-entreprise. La réponse repose sur un point de droit que la plupart des guides passent sous silence.
Un auto-entrepreneur peut-il créer une holding ?
Un auto-entrepreneur ne peut pas créer de holding depuis sa micro-entreprise : celle-ci n’a pas de personnalité morale et ne peut donc pas détenir de participations dans d’autres sociétés. En revanche, rien n’empêche la personne physique qui exerce en micro de créer, à côté, une société-mère qui, elle, détiendra des filiales.
Il ne s’agit jamais de « transformer » ou de « placer » sa micro sous une holding. Il s’agit d’exercer son activité via une société commerciale, le plus souvent une SASU ou une EURL, puis de la loger sous une holding. La holding n’est pas un statut à part : c’est une société classique dont l’objet social consiste à détenir et gérer des participations. La vraie question n’est donc pas « puis-je greffer une holding sur ma micro ? » mais « ai-je intérêt à sortir de la micro pour structurer mon activité en société, puis en groupe ? »
La raison est une différence de nature. La micro-entreprise est une forme d’entreprise individuelle, sans patrimoine ni personnalité juridique distincts de son créateur : l’auto-entrepreneur et son activité ne forment qu’une seule entité, identifiée par un unique numéro SIREN. Une entreprise individuelle n’émet aucune part sociale ni action : il n’y a littéralement rien à faire remonter dans une société-mère. Pour qu’une holding ait quelque chose à contrôler, l’activité doit d’abord être exercée dans une société dotée d’un capital social.
Créer une holding seul : SASU ou EURL ?
Aucune loi n’impose plusieurs associés pour structurer son activité via une holding : un associé unique, personne physique ou morale, suffit. Deux statuts unipersonnels s’y prêtent, et ce choix structure toute la suite.
| Critère | EURL | SASU |
|---|---|---|
| Capital minimum | 1 € | 1 € |
| Dirigeant | Gérant (personne physique) | Président (personne physique ou morale) |
| Régime fiscal par défaut | IR (option IS possible) | IS |
| Régime social du dirigeant | TNS (cotisations plus basses) | Assimilé salarié (protection élevée, charges plus lourdes) |
| Dividendes | Soumis à cotisations au-delà de 10 % du capital (à l’IS) | Non soumis à cotisations sociales |
| Souplesse statutaire | Encadrée par la loi | Très grande liberté |
Pour une holding patrimoniale qui distribue des dividendes, la SASU est souvent privilégiée, ses dividendes échappant aux cotisations sociales. L’EURL, avec son régime TNS moins coûteux, convient davantage à une holding animatrice qui rémunère son dirigeant. Dans les deux cas, l’objet social doit mentionner explicitement la prise et la gestion de participations.
Cumuler micro-entreprise et société : ce qui est permis
Un indépendant peut, dans certaines configurations, garder une micro-entreprise et diriger sa société. Tout dépend du régime social attaché au mandat, car on ne peut pas être affilié deux fois à la Sécurité sociale des indépendants (SSI).
- Cumul possible — Le président de SASU et le gérant minoritaire ou égalitaire de SARL sont assimilés salariés : ils ne relèvent pas de la SSI et peuvent donc conserver une micro-entreprise.
- Cumul interdit — Le gérant majoritaire de SARL et le gérant associé unique d’EURL sont TNS : déjà affiliés à la SSI, ils ne peuvent pas y ajouter une micro.
- Activités distinctes obligatoires — Exercer la même activité via deux structures expose à une requalification pour fractionnement artificiel du chiffre d’affaires.
- Loyauté — L’obligation de loyauté doit être respectée si un contrat de travail existe par ailleurs.
Les trois leviers d’optimisation d’une holding
L’intérêt fiscal d’une holding repose sur trois mécanismes, tous soumis à des conditions précises.
Le régime mère-fille évite la double imposition des dividendes. Dès lors que la holding détient au moins 5 % du capital d’une filiale depuis plus de deux ans, les dividendes remontent en quasi-franchise d’impôt : seule une quote-part forfaitaire de 5 % est réintégrée au résultat imposable. La trésorerie peut ainsi être réinvestie presque intégralement.
L’intégration fiscale globalise l’imposition du groupe, les déficits des unes compensant les bénéfices des autres. Elle suppose une détention d’au moins 95 % du capital des filiales, toutes soumises à l’IS et clôturant à la même date ; la quote-part de frais et charges tombe alors à 1 %.
L’apport-cession concerne la revente. Lorsque la holding cède des titres de participation détenus depuis au moins deux ans, la plus-value est exonérée d’IS, hormis une quote-part de frais et charges de 12 % calculée sur la plus-value brute (article 219 I a quinquies du CGI). C’est le levier clé pour préparer une transmission ou réinvestir le produit d’une cession.
Quand un indépendant a-t-il vraiment intérêt à passer en holding ?
La holding n’est pas une réponse par défaut. Elle prend son sens lorsque plusieurs signaux se cumulent : une activité qui atteint les plafonds de la micro, une trésorerie excédentaire à réinvestir, le lancement de plusieurs activités distinctes, ou un projet de revente ou de transmission.
Prenons un consultant SEO qui réalise 90 000 € de bénéfice via sa SASU et souhaite réinvestir plutôt que se verser ces sommes : faire remonter les dividendes vers une holding sous régime mère-fille lui évite une taxation lourde à chaque étape, l’essentiel de la trésorerie restant disponible pour financer sa croissance. Pour un auto-entrepreneur à 25 000 € de chiffre d’affaires, à l’inverse, le montage est prématuré : les coûts de création et de gestion — comptabilité, éventuel commissaire aux comptes lorsqu’une société en détient une autre — dépassent le gain fiscal. La holding se justifie quand l’activité génère un profit à structurer, pas avant.
Les étapes et le coût de création
Créer une holding suit les formalités de toute société : rédiger des statuts à l’objet social adapté, fixer et déposer le capital, domicilier le siège, publier une annonce légale (de l’ordre de 124 à 142 € HT selon la forme et le département en 2026), puis déposer le dossier sur le guichet unique de l’INPI. Le Kbis est généralement délivré sous trois à sept jours ouvrés.
Le budget total va de quelques centaines d’euros en autonomie à plusieurs milliers avec un avocat pour la rédaction des statuts. Compte tenu des enjeux, l’accompagnement par un expert-comptable est recommandé, notamment pour cadrer l’objet social et éviter le risque d’une holding sans substance économique, que l’administration peut requalifier.
FAQ
Un auto-entrepreneur peut-il avoir une holding ?
Pas depuis sa micro-entreprise. Mais en tant que personne physique, il peut créer une société-mère et exercer via une filiale (SASU, EURL) que cette holding détiendra.
Peut-on cumuler micro-entreprise et gérance de sa holding ?
Oui si le dirigeant est assimilé salarié (président de SASU, gérant minoritaire de SARL). Non s’il est TNS (gérant majoritaire de SARL, gérant d’EURL).
Faut-il fermer sa micro-entreprise pour créer une société ?
Pas nécessairement : on peut la conserver pour une activité distincte, en respectant le régime social du mandat.
Quels frais peut-on passer sur une holding ?
Une holding animatrice déduit les charges liées à ses prestations réelles aux filiales. Une holding passive a un périmètre bien plus limité, ce qui suppose une substance économique réelle.
Combien coûte la création d’une holding ?
De quelques centaines d’euros en autonomie à plusieurs milliers avec un avocat pour les statuts et l’optimisation du montage.
Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil personnalisé. Consultez un expert-comptable ou un avocat en droit des sociétés. Sources : Service-Public.fr, Bpifrance Création, INPI, article 219 I a quinquies du CGI. Seuils micro-entreprise à revérifier lors de la publication (revalorisation 2026).
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